
Sentir ….
Son odeur,
Sa respiration sur mon cou,
Son poids entier sur moi,
Sa façon de profiter de cet instant,
Sa chaleur qui m’étouffe,
Sa force quand il me tient les bras,
Son râle quand tout ça se termine,
Ne pas pouvoir ….
Bouger,
Respirer,
S’enfuir,
Parler,
Partir,
Se défendre,
Se sauver,
En parler après,
Le frapper,
Se venger,
Crier,
OUBLIER !!!

Être obligée …..
De rester là,
De le regarder te faire souffrir,
De lutter pour respirer,
De s’échapper mentalement pour tenter d’avoir moins mal,

De n’en parler à personne,
De retourner en cours,
De faire comme si tout allait bien,
De faire semblant,
De répondre à côté quand ta mère te demande si le trajet en voiture s’est bien passé,
Rire avec les autres quand elles s’imaginent des scénarios débiles sur ce fameux trajet en voiture,
Ne pas faire trop de bruit pour pleurer le soir dans ton lit d’internat,

Tout faire pour passer inaperçue,
Inventer des migraines incontrôlables pour ne pas aller à son cours, l’éviter toute la journée,
Ne pas rester seule car tu as trop peur, mais ne plus supporter les moqueries des autres,
Cacher ses bleus pour se changer à l’internat, pour aller à la douche,
S’isoler le soir au toilettes pour respirer et tenter de se calmer,
Sourire en permanence,
Manger avec les autres, manger tout simplement,
Regarder les pétasses sortir leurs strings devant lui par jalousie, et les écouter dire que tu es sa « chouchoute » qu’une salope,
Ne pas pleurer en cours, se cacher de tous le soir,
Ne rien dévoiler à personne,

Fuir la surveillante d’internat qui devient collante et cherche à savoir d’où vient ce changement d’attitude,
Lui répondre que tu es fatiguée et voilà tout,
L’ignorer quand elle te suit vers les douches,
Cesser de pleurer la nuit quand elle s’approche de ton lit pour écouter,
Ignorer son regard de pitié et de désolation le matin au réveil,
Et lui répondre que tout va bien quand elle raconte t’avoir entendu dire des mots et des phrases alors tu dormais.
Avoir …..
Ces pensées qui n’ont ni queue ni tête,
Ces souvenirs qui n’en finissent pas,
Ces images qui resurgissent quand tu t’y attend le moins,
Ces bleus tellement bien dessinés sur ta poitrine et tes poignets,
Ces douleurs qui te rappellent toute la souffrance et l’horreur,
Et enfin,
Ces regards, présents uniquement pour te rappeler de ne rien dire, de te taire et de faire avec…
